al-Mukhtaṣar, Khalīl
Le Mukhtaṣar de Khalīl ibn Isḥāq al-Jundī (m. 776 h) a été composé, dit son auteur, à la demande d’un groupe d’étudiants, « selon l’école de l’imam Mālik ibn Anas, en exposant ce sur quoi se donne la fatwa ». Il couvre toute la matière, de la purification aux successions, dans une langue d’une extrême concision. Dans son préambule, Khalīl explique les mots par lesquels il signale l’état de la doctrine : « dans [celle-ci] » renvoie à la Mudawwana, « le choix » à al-Lakhmī, « la prépondérance » à Ibn Yūnus, « l’apparence » à Ibn Rushd, « l’avis » à al-Māzarī ; « divergence », « deux avis » et « hésitation » marquent les questions disputées. Il ne se lit pas sans commentaire, et s’étudie avec un enseignant.
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Le texte, en arabe et en français
Traduction de sens, relue une seconde fois passage par passage avec le commentaire d'ad-Dardīr ; les mots entre crochets explicitent ce que le texte sous-entend. Elle ne remplace ni l'arabe, ni l'explication d'un enseignant : le Mukhtaṣar est traduit tel qu'il est, y compris là où les commentateurs retiennent un autre avis que celui du texte. Les intitulés développés des chapitres et des sections, le découpage en passages numérotés et la vocalisation complète sont ceux du site.
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La mise en valeur des terres mortesبَابٌ فِي بَيَانِ إِحْيَاءِ الْمَوَاتِ
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2608
مَوَاتُ الْأَرْضِ مَا سَلِمَ عَنْ الِاخْتِصَاصِ بِعِمَارَةٍ وَلَوْ انْدَرَسَتْ إلَّا لِإِحْيَاءٍ
La terre morte est celle qui est exempte de toute appropriation. [L'appropriation se fait] par la mise en valeur, même effacée, sauf vivification [par un autre, après un long temps] ;
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2609
وَبِحَرِيمِهَا: كَمُحْتَطَبٍ وَمَرْعًى يَلْحَقُ غُدُوًّا وَرَوَاحًا لِبَلَدٍ وَمَا لَا يُضَيِّقُ عَلَى وَارِدٍ وَلَا يَضُرُّ بِمَاءٍ لِبِئْرٍ وَمَا فِيهِ مَصْلَحَةٌ لِنَخْلَةٍ وَمَطْرَحِ تُرَابٍ وَمَصَبِّ مِيزَابٍ لِدَارٍ
et [elle s'étend] à sa dépendance : pour une localité, le lieu où l'on ramasse le bois et le pâturage que l'on atteint [et dont on revient] matin et soir ; pour un puits, [l'espace hors duquel] on ne gêne pas qui vient s'abreuver et on ne nuit pas à l'eau ; pour un palmier, ce qui lui est utile ; pour une maison, le dépôt des déblais et le déversoir de la gouttière.
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2610
وَلَا تَخْتَصُّ مَحْفُوفَةٌ بِأَمْلَاكٍ وَلِكُلٍّ الِانْتِفَاعُ مَا لَمْ يَضُرَّ بِالْآخَرِ
Une [maison] entourée de propriétés n'a pas de dépendance propre ; chacun [des voisins] peut user [de l'espace qui les sépare] tant qu'il ne nuit pas à l'autre.
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2611
وَبِإِقْطَاعِ الْإِمَامِ وَلَا يُقْطَعُ مَعْمُورُ الْعَنْوَةِ مِلْكًا وَبِحِمَى إمَامٍ مُحْتَاجًا إلَيْهِ قَلَّ مِنْ بَلَدٍ عَفَا لِكَغَزْوٍ
[L'appropriation se fait aussi] par la concession de l'imam, qui ne concède pas en propriété les terres cultivées [du pays conquis] de force ; et par la mise en réserve (ḥimā) par l'imam d'un espace dont on a besoin, peu étendu, pris sur un lieu inoccupé, pour [les montures de] l'expédition, par exemple.
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2612
وَافْتَقَرَ لِإِذْنٍ وَإِنْ مُسْلِمًا إنْ قَرُبَ وَإِلَّا فَلِلْإِمَامِ إمْضَاؤُهُ أَوْ جَعْلُهُ مُتَعَدِّيًا بِخِلَافِ الْبَعِيدِ وَلَوْ ذِمِّيًّا بِغَيْرِ جَزِيرَةِ الْعَرَبِ
[La vivification] requiert l'autorisation [de l'imam], même pour un musulman, si [la terre] est proche [des habitations] ; s'il s'en passe, l'imam peut l'entériner ou le tenir pour usurpateur ; à la différence de la [terre] éloignée, [que l'on vivifie sans autorisation,] fût-on dhimmī, hors de la péninsule Arabique.
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2613
وَالْإِحْيَاءُ بِتَفْجِيرِ مَاءٍ وَبِإِخْرَاجِهِ وَبِبِنَاءٍ وَبِغَرْسٍ وَبِحَرْثٍ وَتَحْرِيكِ أَرْضٍ وَبِقَطْعِ شَجَرٍ وَبِكَسْرِ حَجَرِهَا وَتَسْوِيَتِهَا لَا بِتَحْوِيطٍ وَرَعْيِ كَلَإٍ وَحَفْرِ بِئْرِ مَاشِيَةٍ
La vivification se fait en faisant jaillir l'eau, en l'évacuant [de la terre qu'elle recouvre], en construisant, en plantant, en labourant et remuant la terre, en coupant ses arbres, en brisant ses pierres et en l'aplanissant ; non en la clôturant, en y faisant paître, ni en creusant un puits pour le bétail.
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2614
وَجَازَ بِمَسْجِدٍ سُكْنَى لِرَجُلٍ تَجَرَّدَ لِلْعِبَادَةِ وَعَقْدُ نِكَاحٍ وَقَضَاءُ دَيْنٍ وَقَتْلُ عَقْرَبٍ وَنَوْمٌ بِقَائِلَةٍ وَتَضْيِيفٌ بِمَسْجِدِ بَادِيَةٍ وَإِنَاءٌ لِبَوْلٍ: إنْ خَافَ سَبُعًا: كَمَنْزِلٍ تَحْتَهُ
Il est permis, dans une mosquée : d'y loger, pour un homme voué à l'adoration ; d'y conclure un mariage ; d'y payer une dette ; d'y tuer un scorpion ; d'y dormir à la sieste ; d'y recevoir un hôte, dans une mosquée de campagne ; d'y avoir un vase pour uriner si l'on craint une bête féroce [dehors] ; de même [est permise] une habitation en dessous d'elle.
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2615
وَمُنِعَ عَكْسُهُ: كَإِخْرَاجِ رِيحٍ وَمُكْثٍ بِنَجِسٍ
L'inverse est interdit [habiter au-dessus d'elle], de même que d'y lâcher un vent ou d'y demeurer avec une impureté.
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2616
وَكُرِهَ أَنْ يُبْصَقَ بِأَرْضِهِ وَحَكَّهُ وَتَعْلِيمُ صَبِيٍّ وَبَيْعٌ وَشِرَاءٌ وَسَلُّ سَيْفٍ وَإِنْشَادُ ضَالَّةٍ وَهَتْفٌ بِمَيِّتٍ وَرَفْعُ صَوْتٍ كَرَفْعِهِ بِعَلَمٍ وَوَقِيدُ نَارٍ وَدُخُولٌ كَخَيْلٍ لِنَقْلٍ وَفَرْشٌ أَوْ مُتَّكَأٌ
Il est déconseillé de cracher sur le sol [de la mosquée], et [qui l'a fait] le frotte ; [il est déconseillé] d'y instruire un enfant, d'y vendre et d'y acheter, d'y tirer l'épée, d'y annoncer une chose perdue, d'y crier l'annonce d'un mort, d'y élever la voix, comme [il est déconseillé] de l'élever pour la science [même ailleurs], d'y allumer un feu, d'y faire entrer des chevaux, par exemple, pour un transport, et d'y [installer] un tapis ou un coussin.
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2617
وَلِذِي مَأْجَلٍ وَبِئْرٍ وَمِرْسَالِ مَطَرٍ كَمَاءٍ يَمْلِكُهُ مَنْعُهُ وَبَيْعُهُ إلَّا مَنْ خِيفَ عَلَيْهِ وَلَا ثَمَنَ مَعَهُ وَالْأَرْجَحُ بِالثَّمَنِ
Le maître d'une citerne, d'un puits ou d'un écoulement d'eau de pluie, comme [de toute] eau qu'il possède, peut la refuser et la vendre, sauf à celui pour qui l'on craint [la mort] et qui n'a pas de quoi payer sur lui [: il la lui doit gratuitement] ; et, selon l'avis jugé prépondérant [par Ibn Yūnus], [s'il a de quoi payer, c'est] contre le prix ;
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2618
كَفَضْلِ بِئْرِ زَرْعٍ خِيفَ عَلَى زَرْعِ جَارِهِ بِهَدْمِ بِئْرِهِ وَأَخَذَ يُصْلِحُ وَأُجْبِرَ عَلَيْهِ:
de même [il doit donner gratuitement] le surplus de l'eau d'un puits de culture, quand on craint pour la culture de son voisin dont le puits s'est effondré et qui s'est mis à le réparer ; et il y est contraint ;
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2619
كَفَضْلِ بِئْرِ مَاشِيَةٍ بِصَحْرَاءَ هَدَرًا إنْ لَمْ يُبَيِّنْ الْمِلْكِيَّةَ وَبُدِىءَ بِمُسَافِرٍ وَلَهُ عَارِيَّةُ آلَةٍ ثُمَّ حَاضِرٍ ثُمَّ دَابَّةِ رَبِّهَا بِجَمِيعِ الرَّيِّ وَإِلَّا بِنَفْسِ الْمَجْهُودِ
de même [il est contraint de donner] le surplus d'un puits à bétail [creusé] en terre déserte, sans contrepartie, s'il n'a pas déclaré [en le creusant] qu'il en prenait la propriété ; on commence par le voyageur, à qui l'on doit le prêt de l'instrument [de puisage], puis le résident, puis les montures du maître [du puits], chacun buvant à sa soif ; sinon [si l'eau manque ou qu'il y a détresse], [on commence] par celui-là même qui est à bout.
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2620
وَإِنْ سَالَ مَطَرٌ بِمُبَاحٍ سَقَى الْأَعْلَى إنْ تَقَدَّمَ لِلْكَعْبِ وَأُمِرَ بِالتَّسْوِيَةِ وَإِلَّا: فَكَحَائِطِينَ وَقُسِمَ لِلْمُتَقَابِلِينَ: كَالنِّيلِ
Si l'eau de pluie s'écoule sur une [terre] sans maître, le [fonds le] plus haut est arrosé [le premier], s'il a été mis en valeur le premier, jusqu'à [hauteur de] la cheville ; [son maître] est tenu de niveler [sa terre] ; sinon [si c'est impossible], [elle est traitée] comme deux vergers ; [l'eau] est partagée entre [les fonds] placés à égale distance d'elle ; il en va de même du Nil.
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2621
وَإِنْ مُلِكَ أَوَّلًا قُسِمَ بِقَلْدٍ أَوْ غَيْرِهِ وَأُقْرِعَ لِلتَّشَاحِّ فِي السَّبْقِ
Si [l'eau] a d'abord été appropriée [par un groupe], elle est partagée [entre eux] au moyen d'un récipient de mesure ou autrement, et l'on tire au sort s'ils se disputent le premier tour.
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2622
وَلَا يُمْنَعُ صَيْدُ سَمَكٍ وَإِنْ مِنْ مِلْكِهِ وَهَلْ فِي أَرْضِ الْعَنْوَةِ فَقَطْ؟ أَوْ إلَّا أَنْ يَصِيدَ الْمَالِكُ؟ تَأْوِيلَانِ
On n'empêche pas [autrui] de pêcher le poisson, même dans ce que l'on possède ; est-ce seulement dans la terre conquise de force, ou [partout,] sauf si le propriétaire veut pêcher [lui-même] ? Deux interprétations [de la Mudawwana].
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2623
وَكَلَإٌ بِفَحْصٍ وَعَفَاءٍ لَمْ يَكْتَنِفْهُ زَرْعُهُ بِخِلَافِ مَرْجِهِ وَحِمَاهُ.
Ni [on n'empêche de faire paître] l'herbe d'une terre délaissée [par son maître] ou d'une terre laissée sans culture, que ses cultures n'entourent pas ; à la différence de son pré et de [la terre] qu'il s'est réservée [pour le pâturage].