al-Mukhtaṣar, Khalīl
Le Mukhtaṣar de Khalīl ibn Isḥāq al-Jundī (m. 776 h) a été composé, dit son auteur, à la demande d’un groupe d’étudiants, « selon l’école de l’imam Mālik ibn Anas, en exposant ce sur quoi se donne la fatwa ». Il couvre toute la matière, de la purification aux successions, dans une langue d’une extrême concision. Dans son préambule, Khalīl explique les mots par lesquels il signale l’état de la doctrine : « dans [celle-ci] » renvoie à la Mudawwana, « le choix » à al-Lakhmī, « la prépondérance » à Ibn Yūnus, « l’apparence » à Ibn Rushd, « l’avis » à al-Māzarī ; « divergence », « deux avis » et « hésitation » marquent les questions disputées. Il ne se lit pas sans commentaire, et s’étudie avec un enseignant.
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Le texte, en arabe et en français
Traduction de sens, relue une seconde fois passage par passage avec le commentaire d'ad-Dardīr ; les mots entre crochets explicitent ce que le texte sous-entend. Elle ne remplace ni l'arabe, ni l'explication d'un enseignant : le Mukhtaṣar est traduit tel qu'il est, y compris là où les commentateurs retiennent un autre avis que celui du texte. Les intitulés développés des chapitres et des sections, le découpage en passages numérotés et la vocalisation complète sont ceux du site.
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Préambule de l'auteurمُقَدِّمَةُ الْمُؤَلِّفِ
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1
بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
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2
يَقُولُ الْفَقِيرُ الْمُضْطَرُّ لِرَحْمَةِ رَبِّهِ الْمُنْكَسِرُ خَاطِرُهُ لِقِلَّةِ الْعَمَلِ وَالتَّقْوَى خَلِيلُ بْنُ إسْحَاقَ الْمَالِكِيُّ
Voici ce que dit le pauvre, celui qui a un besoin pressant de la miséricorde de son Seigneur et dont le cœur est brisé par le peu de ses œuvres et de sa piété, Khalīl ibn Isḥāq le malikite :
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3
الْحَمْدُ لِلَّهِ حَمْدًا يُوَافِي مَا تَزَايَدَ مِنْ النِّعَمِ وَالشُّكْرُ لَهُ عَلَى مَا أَوْلَانَا مِنْ الْفَضْلِ وَالْكَرَمِ لَا أُحْصِي ثَنَاءً عَلَيْهِ هُوَ كَمَا أَثْنَى عَلَى نَفْسِهِ
Louange à Allah, d'une louange à la mesure de Ses bienfaits sans cesse accrus, et grâces Lui soient rendues pour la faveur et la générosité dont Il nous a comblés. Je ne saurais dénombrer Ses louanges : Il est tel qu'Il S'est loué Lui-même.
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4
وَنَسْأَلُهُ اللُّطْفَ وَالْإِعَانَةَ فِي جَمِيعِ الْأَحْوَالِ وَحَالِ حُلُولِ الْإِنْسَانِ فِي رَمْسِهِ
Nous Lui demandons Sa bienveillance et Son aide en toute circonstance, et au moment où l'homme descend dans sa tombe.
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5
وَالصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ عَلَى مُحَمَّدٍ سَيِّدِ الْعَرَبِ وَالْعَجَمِ الْمَبْعُوثِ لِسَائِرِ الْأُمَمِ وَعَلَى آلِهِ وَأَصْحَابِهِ وَأَزْوَاجِهِ وَذُرِّيَّتِهِ وَأُمَّتِهِ أَفْضَلِ الْأُمَمِ
Que la prière et le salut soient sur Muḥammad, le maître des Arabes et des non-Arabes, envoyé à l'ensemble des communautés, ainsi que sur sa famille, ses Compagnons, ses épouses, sa descendance et sa communauté, la meilleure des communautés.
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6
وَبَعْدُ فَقَدْ سَأَلَنِي جَمَاعَةٌ أَبَانَ اللَّهُ لِي وَلَهُمْ مَعَالِمَ التَّحْقِيقِ وَسَلَكَ بِنَا وَبِهِمْ أَنْفَعَ طَرِيقٍ مُخْتَصَرًا عَلَى مَذْهَبِ الْإِمَامِ مَالِكِ بْنِ أَنَسٍ رَحِمَهُ اللَّهُ تَعَالَى مُبَيِّنًا لِمَا بِهِ الْفَتْوَى فَأَجَبْتُ سُؤَالَهُمْ بَعْدَ الِاسْتِخَارَةِ
Ensuite : un groupe de personnes, qu'Allah nous fasse voir clairement, à moi et à eux, les repères de la science vérifiée et nous conduise, eux et moi, par la voie la plus profitable, m'a demandé un abrégé (mukhtaṣar) selon l'école de l'imam Mālik ibn Anas, qu'Allah le Très-Haut lui fasse miséricorde, qui expose ce sur quoi se donne la fatwa. J'ai répondu à leur demande après avoir fait la prière de consultation (istikhāra),
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7
مُشِيرًا بِ«فِيهَا» لِلْمُدَوَّنَةِ وَبِ«أُوِّلَ» إلَى اخْتِلَافِ شَارِحِيهَا فِي فَهْمِهَا
en renvoyant par « dans [celle-ci] » (fīhā) à la Mudawwana, et par « on l'a interprété » (uwwila) à la divergence de ses commentateurs dans la compréhension de son texte ;
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8
وَبِ«الِاخْتِيَارِ» لِلَّخْمِيِّ لَكِنْ إنْ كَانَ بِصِيغَةِ الْفِعْلِ فَذَلِكَ لِاخْتِيَارِهِ هُوَ فِي نَفْسِهِ وَبِالِاسْمِ فَذَلِكَ لِاخْتِيَارِهِ مِنْ الْخِلَافِ
par « le choix » (al-ikhtiyār), à al-Lakhmī : s'il est à la forme verbale [« il a choisi »], il s'agit de son choix personnel ; s'il est à la forme nominale [« l'avis choisi »], il s'agit de son choix parmi les avis en divergence ;
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9
وَبِ«التَّرْجِيحِ» لِابْنِ يُونُسَ كَذَلِكَ وَبِ«الظُّهُورِ» لِابْنِ رُشْدٍ كَذَلِكَ وَبِ«الْقَوْلِ» لِلْمَازِرِيِّ كَذَلِكَ
par « la prépondérance » (at-tarjīḥ), à Ibn Yūnus, de la même façon ; par « l'apparence » (aẓ-ẓuhūr), à Ibn Rushd, de la même façon ; par « le dire » (al-qawl), à al-Māzarī, de la même façon.
Chez les trois comme chez al-Lakhmī, le verbe (« il a jugé prépondérant », « il a paru », « il a dit ») marque l'avis personnel du savant, et le nom (« le plus prépondérant », « le plus apparent ») son choix parmi les avis déjà en présence.
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10
وَحَيْثُ قُلْتُ خِلَافٌ فَذَلِكَ لِلِاخْتِلَافِ فِي التَّشْهِيرِ
Là où je dis « divergence » (khilāf), c'est qu'on a divergé sur l'avis à déclarer répandu (mashhūr).
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11
وَحَيْثُ ذَكَرْتُ قَوْلَيْنِ أَوْ أَقْوَالًا فَذَلِكَ لِعَدَمِ اطِّلَاعِي فِي الْفَرْعِ عَلَى أَرْجَحِيَّةٍ مَنْصُوصَةٍ
Là où je mentionne deux avis ou des avis, c'est que je n'ai pas eu connaissance, sur la question, d'une prépondérance énoncée par un texte.
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12
وَأَعْتَبِرُ مِنْ الْمَفَاهِيمِ مَفْهُومَ الشَّرْطِ فَقَطْ
Parmi les sens implicites (mafāhīm), je ne tiens compte que de celui de la condition (mafhūm ash-sharṭ).
Un commentaire précise : ce que la condition laisse entendre a constamment la valeur de ce qui est dit, ce qui dispense l'auteur de l'énoncer ; les autres sens implicites ne sont retenus que par endroits.
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13
وَأُشِيرُ بِ«صُحِّحَ» أَوْ «اُسْتُحْسِنَ» إلَى أَنَّ شَيْخًا غَيْرَ الَّذِينَ قَدَّمْتُهُمْ صَحَّحَ هَذَا أَوْ اسْتَظْهَرَهُ
Par « on l'a jugé juste » (ṣuḥḥiḥa) ou « on l'a jugé bon » (ustuḥsina), j'indique qu'un maître autre que ceux que j'ai nommés a jugé cet avis juste ou l'a tenu pour le plus apparent.
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14
وَبِ«التَّرَدُّدِ» لِتَرَدُّدِ الْمُتَأَخِّرِينَ فِي النَّقْلِ أَوْ لِعَدَمِ نَصِّ الْمُتَقَدِّمِينَ
Par « hésitation » (taraddud), [je renvoie] à l'hésitation des tardifs dans la transmission [de la position de l'école], ou à l'absence de texte des anciens.
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15
وَبِ«لَوْ» إلَى خِلَافٍ مَذْهَبِيٍّ
Et par « même si » (law), à une divergence interne à l'école.
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16
وَاَللَّهَ أَسْأَلُ أَنْ يَنْفَعَ بِهِ مَنْ كَتَبَهُ أَوْ قَرَأَهُ أَوْ حَصَّلَهُ أَوْ سَعَى فِي شَيْءٍ مِنْهُ وَاَللَّهُ يَعْصِمُنَا مِنْ الزَّلَلِ وَيُوَفِّقُنَا فِي الْقَوْلِ وَالْعَمَلِ
C'est à Allah que je demande d'en faire profiter quiconque l'écrit, le lit, l'acquiert ou contribue en quoi que ce soit à le faire connaître. Qu'Allah nous préserve du faux pas et nous accorde la réussite dans la parole et dans l'acte.
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17
ثُمَّ أَعْتَذِرُ لِذَوِي الْأَلْبَابِ مِنْ التَّقْصِيرِ الْوَاقِعِ فِي هَذَا الْكِتَابِ وَأَسْأَلُ بِلِسَانِ التَّضَرُّعِ وَالْخُشُوعِ وَخِطَابِ التَّذَلُّلِ وَالْخُضُوعِ أَنْ يُنْظَرَ بِعَيْنِ الرِّضَا وَالصَّوَابِ
Je présente ensuite mes excuses aux gens doués d'intelligence pour les insuffisances de ce livre, et je demande, avec la langue de la supplication et du recueillement, sur le ton de l'humilité et de la soumission, qu'on le regarde d'un œil bienveillant et juste :
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18
فَمَا كَانَ مِنْ نَقْصٍ كَمَّلُوهُ وَمِنْ خَطَأٍ أَصْلَحُوهُ فَقَلَّمَا يَخْلُصُ مُصَنِّفٌ مِنْ الْهَفَوَاتِ أَوْ يَنْجُو مُؤَلِّفٌ مِنْ الْعَثَرَاتِ
ce qui s'y trouve d'incomplet, qu'ils le complètent, et ce qui s'y trouve d'erroné, qu'ils le corrigent. Car il est rare qu'un auteur échappe aux inadvertances, ou qu'un écrivain soit sauf des faux pas.