La peau d’une bête morte sans avoir été égorgée devient-elle pure une fois tannée ?
Non. Selon l'avis retenu dans l'école, le tannage ne rend pas cette peau pure : il permet seulement de s'en servir pour ce qui est sec et pour contenir de l'eau. On ne prie ni dessus ni avec, et on ne la vend pas.
En détail
Khalīl range cette peau parmi les choses impures, « même tannée », puis ajoute qu’une dispense en permet l’usage, après tannage, pour le sec et pour l’eau, à l’exception de la peau de porc 1. Le tannage ne change donc pas la nature de la peau : il ouvre un usage limité 2.
Ce qui est permis : s’asseoir dessus 2, la porter en dehors de la prière, y mettre de l’eau 3, et plus largement s’en servir pour ce qui est sec 1. Ce qui ne l’est pas : y mettre du miel, du lait ou de la graisse, la porter pendant la prière 3, prier dessus, la vendre 4. Mālik dit de celui qui a prié sur une telle peau qu’il refait sa prière tant que son temps n’est pas écoulé 5.
Les preuves
Mālik rapporte deux hadiths dans son Muwaṭṭaʾ.
مَرَّ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ بِشَاةٍ مَيِّتَةٍ … فَقَالَ: «أَفَلَا انْتَفَعْتُمْ بِجِلْدِهَا؟» فَقَالُوا: يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنَّهَا مَيْتَةٌ، فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «إِنَّمَا حُرِّمَ أَكْلُهَا»
« D'après ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās, qu'Allah l'agrée, le Messager d'Allah ﷺ passa près d'une brebis morte […] et dit : N'avez-vous donc pas tiré profit de sa peau ? Ils dirent : Ô Messager d'Allah, c'est une bête morte. Le Messager d'Allah ﷺ dit : Seul le fait de la manger a été interdit. »
Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 2 p. 498, livre de la chasse, chapitre des peaux de bêtes mortes, nº 16 et 17. 6Le second hadith emploie le mot « pure » :
«إِذَا دُبِغَ الْإِهَابُ فَقَدْ طَهَرَ»
« D'après ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās, qu'Allah l'agrée, le Messager d'Allah ﷺ a dit : Quand la peau est tannée, elle est devenue pure. »
Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 2 p. 498, livre de la chasse, chapitre des peaux de bêtes mortes, nº 16 et 17. 6L'école lit ce mot au sens courant, la propreté, et non au sens de la pureté rituelle. Ad-Dardīr l'écrit :
مَحْمُولٌ عِنْدَنَا فِي مَشْهُورِ الْمَذْهَبِ عَلَى الطَّهَارَةِ اللُّغَوِيَّةِ وَهِيَ النَّظَافَةُ
« Il est compris chez nous, selon l'avis répandu de l'école, comme la pureté au sens de la langue, c'est-à-dire la propreté. »
ad-Dardīr, ash-Sharḥ al-kabīr, t. 1 p. 54 : « son tannage ne produit aucune pureté, ni sur sa face externe ni sur sa face interne ». Ibn Rushd, al-Bayān wa-t-taḥṣīl, t. 1 p. 100 : « l'avis répandu de Mālik est que le tannage ne purifie pas la peau de la bête morte ; il permet seulement d'en tirer profit », et, d'après la Mudawwana, la manière d'en tirer profit est de s'asseoir dessus et de s'en servir pour tamiser. 2Elle ne concerne ni la peau d'une bête égorgée selon la Loi, ni la peau de porc, que le tannage ne rend pas utilisable. Elle ne se prononce pas sur le cuir du commerce dont on ignore l'origine : les livres consultés ne traitent pas cette question.
Sources principales
| Ouvrage | Auteur | Référence |
|---|---|---|
| al-Mukhtaṣar | Khalīl | t. 1 p. 16, chapitre des choses pures et impures |
| ash-Sharḥ al-kabīr | ad-Dardīr | t. 1 p. 54 : « son tannage ne produit aucune pureté, ni sur sa face externe ni sur sa face interne ». Ibn Rushd, al-Bayān wa-t-taḥṣīl, t. 1 p. 100 : « l'avis répandu de Mālik est que le tannage ne purifie pas la peau de la bête morte ; il permet seulement d'en tirer profit », et, d'après la Mudawwana, la manière d'en tirer profit est de s'asseoir dessus et de s'en servir pour tamiser |
| ar-Risāla | Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī | chapitre des sacrifices, des bêtes égorgées et des aliments interdits : « il n'y a pas de mal à tirer profit de sa peau quand elle est tannée ; on ne prie pas dessus et on ne la vend pas » |
| al-Mudawwana | Saḥnūn | t. 1 p. 183, livre de la prière |
| al-Muwaṭṭaʾ | Mālik | éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 2 p. 498, livre de la chasse, chapitre des peaux de bêtes mortes, nº 16 et 17 |
Notes
- Khalīl, al-Mukhtaṣar, t. 1 p. 16, chapitre des choses pures et impures.
- ad-Dardīr, ash-Sharḥ al-kabīr, t. 1 p. 54 : « son tannage ne produit aucune pureté, ni sur sa face externe ni sur sa face interne ». Ibn Rushd, al-Bayān wa-t-taḥṣīl, t. 1 p. 100 : « l'avis répandu de Mālik est que le tannage ne purifie pas la peau de la bête morte ; il permet seulement d'en tirer profit », et, d'après la Mudawwana, la manière d'en tirer profit est de s'asseoir dessus et de s'en servir pour tamiser.
- ad-Dardīr, ash-Sharḥ al-kabīr, t. 1 p. 55 : l'eau se protège elle-même de l'impureté, à la différence du miel, du lait et de la graisse ; « il est permis de la porter en dehors de la prière, non pendant ».
- Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī, ar-Risāla, chapitre des sacrifices, des bêtes égorgées et des aliments interdits : « il n'y a pas de mal à tirer profit de sa peau quand elle est tannée ; on ne prie pas dessus et on ne la vend pas ».
- Saḥnūn, al-Mudawwana, t. 1 p. 183, livre de la prière.
- Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 2 p. 498, livre de la chasse, chapitre des peaux de bêtes mortes, nº 16 et 17.