Toucher son épouse annule-t-il les ablutions ?
Selon l'avis retenu dans l'école, oui, mais seulement si le contact s'accompagne de plaisir, que celui-ci ait été recherché ou simplement ressenti. Un contact sans plaisir, en passant, n'annule rien, sauf le baiser sur la bouche, qui annule dans tous les cas.
En détail
La règle mālikite tient en une phrase que l’on retrouve d’un livre à l’autre : s’il a recherché le plaisir ou l’a trouvé, les ablutions sont annulées, sinon non 1. Elle vaut dans les deux sens : la personne touchée qui éprouve du plaisir doit elle aussi refaire ses ablutions 2.
Une seule exception : le baiser sur la bouche annule les ablutions même sans plaisir, sauf s’il s’agit d’un baiser d’adieu ou de compassion 3.
Les preuves
Le verset qui fonde tout le chapitre :
أَوْ جَاءَ أَحَدٌ مِّنكُم مِّنَ الْغَائِطِ أَوْ لَامَسْتُمُ النِّسَاءَ
« … ou que l'un de vous vienne du lieu d'aisance, ou que vous ayez touché des femmes… »
Coran, 4 : 43Et la parole d'Ibn ʿUmar, que Mālik rapporte dans son propre Muwaṭṭaʾ :
قُبْلَةُ الرَّجُلِ امْرَأَتَهُ وَجَسُّهَا بِيَدِهِ مِنَ الْمُلَامَسَةِ، فَمَنْ قَبَّلَ امْرَأَتَهُ أَوْ جَسَّهَا بِيَدِهِ فَعَلَيْهِ الْوُضُوءُ
« Le baiser qu'un homme donne à son épouse et le fait de la palper de la main relèvent du toucher ; celui qui embrasse son épouse ou la palpe de la main doit refaire ses ablutions. »
Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 1 p. 43, nº 64, chapitre des ablutions après le baiser à l'épouse ; texte et commentaire dans az-Zurqānī, Sharḥ az-Zurqānī ʿalā l-Muwaṭṭaʾ, t. 1 p. 189. 4Elle ne traite pas du contact à travers un vêtement épais, ni du cas de la personne malade ou soignée, ni de la situation du médecin. Elle ne traite pas non plus de ce qui annule les ablutions par ailleurs.
Sources principales
| Ouvrage | Auteur | Référence |
|---|---|---|
| al-Mukhtaṣar | Khalīl | chapitre des annulatifs : « إن قصد لذة أو وجدها لا انتفيا » ; al-Ḥaṭṭāb, Mawāhib al-Jalīl, t. 1 p. 297 : le toucher n'annule, dans l'école, qu'avec le plaisir recherché ou trouvé |
| Mawāhib al-Jalīl | al-Ḥaṭṭāb | t. 1 p. 299, d'après la Mudawwana : « et la personne touchée, si elle trouve du plaisir, ses ablutions sont annulées » |
| al-Muwaṭṭaʾ | Mālik | éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 1 p. 43, nº 64, chapitre des ablutions après le baiser à l'épouse ; texte et commentaire dans az-Zurqānī, Sharḥ az-Zurqānī ʿalā l-Muwaṭṭaʾ, t. 1 p. 189 |
Notes
- Khalīl, al-Mukhtaṣar, chapitre des annulatifs : « إن قصد لذة أو وجدها لا انتفيا » ; al-Ḥaṭṭāb, Mawāhib al-Jalīl, t. 1 p. 297 : le toucher n'annule, dans l'école, qu'avec le plaisir recherché ou trouvé.
- al-Ḥaṭṭāb, Mawāhib al-Jalīl, t. 1 p. 299, d'après la Mudawwana : « et la personne touchée, si elle trouve du plaisir, ses ablutions sont annulées ».
- Khalīl, al-Mukhtaṣar, t. 1 p. 21 à 22 : « إلا القبلة بفم مطلقا وإن بكره أو استغفال لا لوداع أو رحمة » ; al-Kharashī, Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl, t. 1 p. 155 à 156.
- Mālik, al-Muwaṭṭaʾ, éd. ʿAbd al-Bāqī, t. 1 p. 43, nº 64, chapitre des ablutions après le baiser à l'épouse ; texte et commentaire dans az-Zurqānī, Sharḥ az-Zurqānī ʿalā l-Muwaṭṭaʾ, t. 1 p. 189.