Peut-on refaire ses ablutions avec une eau déjà utilisée ?
L'eau déjà utilisée pour des ablutions reste pure et purifiante : elle n'est pas devenue sale. Mais s'en resservir pour lever une impureté rituelle est déconseillé quand on dispose d'autre chose.
En détail
Il faut séparer deux idées que l’on confond souvent. Une eau souillée est une eau qui a changé au contact d’une saleté : elle ne purifie plus. Une eau déjà utilisée, ce que les livres appellent al-māʾ al-mustaʿmal, n’a rien rencontré de sale : elle a simplement servi. Elle reste donc de l’eau, et elle purifie.
L’école la classe seulement comme déconseillée, et dans un cas précis : l’eau est en petite quantité, elle a déjà servi à lever une impureté rituelle, et l’on veut s’en resservir pour se purifier alors que l’on dispose d’une autre eau 1.
Les preuves
Le principe général est celui du hadith du puits de Buḍāʿa. D'après Abū Saʿīd al-Khudrī, qu'Allah l'agrée, on demanda au Messager d'Allah ﷺ si l'on pouvait faire ses ablutions avec l'eau de ce puits, où l'on jetait des déchets. Il répondit :
«الماءُ طَهُورٌ لا يُنَجِّسُهُ شَيْءٌ»
« L'eau est purifiante, rien ne la rend impure. »
Abū Dāwūd, as-Sunan, t. 1 p. 17, nº 66, chapitre du puits de Buḍāʿa. 2L'eau est donc purifiante par défaut, et il faut une raison sérieuse pour lui retirer cette qualité. Avoir déjà servi n'en est pas une. La désapprobation qui subsiste ne tient pas à une souillure : elle tient à l'égard dû à l'avis d'Aṣbagh, un savant de l'école pour qui cette eau ne purifie plus 3.
Elle ne traite pas de l'eau où une saleté est tombée, ni de l'eau restée après le bain d'une personne en état d'impureté majeure, qui a son propre détail dans les livres.
Sources principales
| Ouvrage | Auteur | Référence |
|---|---|---|
| Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl | al-Kharashī | t. 1 p. 74 à 75, sur les mots de Khalīl « وكره ماء مستعمل في حدث » : « est déconseillée, pour lever une impureté rituelle, une eau déjà utilisée pour cela », quand elle est en petite quantité et que l'on en a une autre |
| as-Sunan | Abū Dāwūd | t. 1 p. 17, nº 66, chapitre du puits de Buḍāʿa |
Notes
- al-Kharashī, Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl, t. 1 p. 74 à 75, sur les mots de Khalīl « وكره ماء مستعمل في حدث » : « est déconseillée, pour lever une impureté rituelle, une eau déjà utilisée pour cela », quand elle est en petite quantité et que l'on en a une autre.
- Abū Dāwūd, as-Sunan, t. 1 p. 17, nº 66, chapitre du puits de Buḍāʿa.
- al-Kharashī, Sharḥ Mukhtaṣar Khalīl, t. 1 p. 75 : la raison la plus solide du déconseil est l'égard pour l'avis contraire (murāʿāt al-khilāf), Aṣbagh tenant que cette eau n'est plus purifiante.